par Emma | Sep 6, 2026 | Uncategorized

Avant l’été, j’ai animé un cycle de 6 ateliers au Centre pénitentiaire de Rennes, auprès de femmes détenues, sur le thème « Vieillir en prison », dans le cadre d’une action portée par le SPIP.
Après plusieurs semaines à cheminer dans les traces de cet accompagnement, je tente de mettre quelques mots sur les impressions (au sens littéral) de ma rencontre avec ces femmes…Des femmes qui sont passées à l’acte, en effet. Elles le reconnaissent, même si dans leur récit subsiste un petit relent d’injustice, un espace où elles ne se sont pas senties prises en compte (dans la précarité de leur vie d’alors, dans leur vulnérabilité, exposées à la violence sociale, familiale ou conjugale) …
S’adapter, ce serait accepter… ici, on régresse, on glisse… Alors ce récit individuel de ce qui les a amenées ici semble figé, sans doute parce qu’inéluctable, irrémédiable, sans retour à la situation antérieure…Tout comme leur quotidien semble figé… Quelque chose résiste à la nécessité de s’adapter… Alors on s’accroche à son récit, on ressasse…
Ici, on ne peut plus aider, parce qu’on est réduit…Comme si quelque chose de l’altérité était altéré… On s’entraide, certes, mais en catimini… Le lien à l’autre serait mettre à jour sa vulnérabilité, reconnaître son interdépendance (les conditions de détention ne semblent pas pires qu’ailleurs, voire plus soutenables qu’ailleurs d’après le témoignage de ces dames).
Parce que résister (au sens étymologique : « se tenir en faisant face »), c’est aussi s’exposer, s’exposer pas tant face à l’institution, mais surtout, de ce que j’ai entendu, s’exposer face à des co-détenues qui exercent un rapport de domination basé sur la docilité, la soumission (ici, c’est un risque d’être gentille, ou d’entretenir sa dignité).
Je suis au bout de ma vie… Elles se disent en panne pour l’avenir, entravées dans leur réalité de vie en détention, et au-delà…entravées dans leur capacité à se projeter. Certaines travaillent, d’autres reprennent des études… elles préparent leur sortie…Et les plus âgées ? Elles attendent, sans trop y croire.
Pour certaines, la perspective de sortie est une inconnue où résonne dans un bruit assourdissant l’appréhension de l’absence… Le silence de ceux qui se sont détournés, l’absence de ceux qui sont décédés pendant le temps de la détention, …
Alors, qui sera là ? Ces êtres proches qui leur ont manqué, avec là aussi un angle mort : « Ah bon, moi aussi, j’aurais manqué à mes proches ? moi, cette femme qui… »… Chacun de part et d’autre du mur a appris à faire sans (avec ou sans visite au parloir, selon les contextes de chacune).
Reste une dimension qui semble inaliénable, qui serait un soutien sans faille, sans condition : la spiritualité… La chapelle au sein du Centre pénitentiaire et la messe semblent être un lieu et un temps refuges…D’autres explorent d’autres formes de spiritualité… Dans un élan à se relier à plus grand que soi, plus grand que cette réalité de vie qui est leur présent.
Avec vous, on avance… Durant ces ateliers, j’ai été impressionnée par la qualité d’écoute et d’attention des participantes… Comme si cette démarche réflexive, toujours pudique, permettait à chacune de prendre le risque d’oser quelque chose de soi… avec sincérité.
Je salue cette appétence à penser, dont témoigne régulièrement ma collègue Marie David, praticienne en philosophie… Comment les personnes s’emparent de ces espaces… Peut-être ici, pour ma part, l’intuition qu’il y a un peu plus de précaution à prendre, pour préserver l’intégrité de ce récit individuel, érigé tel une enceinte contre l’inconnu, contre l’adversité ?
Ces quelques lignes ne prétendent à rien, juste un partage de ce que j’ai observé, ressenti, de ce que j’ai cru comprendre dans un regard, un témoignage, un début de phrase restée suspendue…Grand merci à ces dames qui en me faisant confiance, me font cheminer vers un peu plus d’humilité et de tendresse.
Emma Ould Aoudia – septembre 2026
par Emma | Fév 12, 2026 | Uncategorized
À quoi ça sert, les vieux ?
La question est volontairement provocante. Elle dérange, elle pique. Et surtout, elle ouvre un espace de réflexion rarement exploré.
À travers une série de forums citoyens organisés en Bretagne, des personnes âgées, des professionnelles du lien social et des acteurs de territoire se sont réunis pour interroger ce qui se joue dans l’avancée en âge : le sentiment d’utilité, la place dans la société, le besoin fondamental d’être reconnu, d’appartenir, d’être en lien.
Dans une société qui valorise la performance, l’autonomie et la productivité, vieillir est souvent raconté comme une perte. Ce podcast propose de faire un pas de côté. De considérer la vieillesse non comme un retrait, mais comme une aventure personnelle et un enjeu collectif.
Une série documentaire sensible, ancrée dans le réel, qui questionne notre imaginaire collectif, la transmission, l’interdépendance et le vivre-ensemble intergénérationnel.
Un projet que j’ai eu la grande joie de concevoir puis d’animer, grâce à la confiance de Jeanne Poppe, du CLIC Ille et Illet, avec le soutien de la CARSAT Bretagne, en partenariat avec plusieurs communes du territoire : Betton, Sens de Bretagne, La Mézière, Saint Médard sur Ille et Melesse. Grand merci aux élus et aux responsables des services pour leur engagement dans cette démarche participative et leur accueil.
Un podcast réalisé avec la complicité d’Antoine Yon (Réalisation, prise de son, montage, mixage)
Musique : Blue Dot Sessions – Tanguedo
Emma Ould Aoudia – Février 2026

A écouter ici
par Emma | Nov 4, 2025 | Uncategorized
Plus d’un an d’une recherche action à partir d’un constat partagé par de nombreuses structures qui mettent en place des actions collectives pour les personnes de + 60 ans : les hommes sont peu présents, voire absents, de ces espaces de vie sociale.
Ce projet est porté par Kozh Ensemble – le Gérontopôle de Bretagne. J’ai eu la grande chance d’accompagner et d’animer ce parcours, en partenariat avec l’OPAR, le centre socio-culturel des Longs Prés et le centre social de Vitré. Avec le soutien d’AG2R La Mondiale.
Identifier nos préjugés, comprendre les freins, repérer les leviers à la participation, ajuster les propositions, expérimenter de nouvelles pratiques professionnelles…Autant d’étapes d’un parcours où nous avons admis, au départ, de ne pas présupposer, de ne pas savoir…
Et en synthèse, un podcast, intitulé « Franchir le seul » pour explorer et partager ce qui a émergé, s’est précisé, dans ce processus d’expérimentation.
À travers les témoignages croisés d’animatrices, de professionnels de l’accompagnement et d’hommes retraités, ce podcast raconte ce cheminement : celui d’un groupe de professionnelles qui ont décidé d’aller-vers ceux qui ne franchissent pas la porte, de questionner leurs pratiques, et de créer de nouveaux espaces pour permettre aux hommes de trouver leur place, de s’exprimer, et de vivre le collectif autrement.
Une série sensible, humaine, qui parle de genre, de vieillissement, de liens sociaux, et du rôle essentiel des espaces sociaux dans la lutte contre l’isolement.
Un grand merci à chacun.e des personnes qui se sont engagées dans ce projet, qui ont contribué avec confiance, sincérité et curiosité…
Un podcast à découvrir, écouter, partager en cliquant ici !
Emma Ould Aoudia – novembre 2025
Franchir le seuil – Prise de son, montage, mixage et réalisation : Antoine Yon
Musique : Blue Dot Sessions – Petra
par Emma | Sep 21, 2025 | Uncategorized
Grâce à la confiance de notre partenaire historique, l’Action sociale de la Caisse de retraite complémentaire AGRICA- AGIRC ARRCO, l’équipe pédagogique de Trame de Vie a conçu et anime des séjours d’accompagnement pour des personnes en situation de Deuil du conjoint.
Quand le temps social du deuil bien trop court, ne recouvre pas la réalité psychique d’un processus de deuil qui s’inscrit sur un temps long…;
Quand l’entourage démuni, pourrait être tenté d’encourager la personne à « tourner la page » ;
Quand la douleur pourrait devenir une tentation de lien avec le défunt, par crainte de l’oubli…
Quand ce silence, parfois assourdissant, autour de l’évocation de la personne décédée finit par isoler…
Autant de « quiproquos » qui impactent la personne, entravent sa façon d’être en lien, ses projections…
Et pourtant… peu à peu, à bas bruit… quelque chose de soi se précise, un apaisement depuis ce lien intime qui se tisse avec le défunt…
Notre projet pédagogique est résolument inspiré des travaux de Christophe Fauré, dans une approche psychosociale non-didactique et sensible, au plus près des personnes dans leur traversée du processus de deuil : partager des éléments de compréhension pour conforter les personnes (« c’est normal ! »), leur proposer des espaces d’expression pour se dire, des espaces pour faire récit de la personne défunte, des espaces pour penser comment faire famille, imaginer des rituels, depuis cette nécessité humaine à se retrouver, célébrer, communier…
Une action collective de prévention, certes, et avant tout une aventure profondément sincère et humaine, un grand merci à notre partenaire AGRICA.
Emma Ould Aoudia – septembre 2025

par Emma | Avr 9, 2025 | Uncategorized
« A quoi ça sert, les vieux ? ». Question volontairement disruptive pour porter un autre regard sur la vieillesse. Reconnaître le besoin de sentir utile comme élan de vie, dans une société inclusive qui prend soin de ne pas reléguer ceux qui seraient moins vaillants, moins performants.
Et si la perspective de ne plus être utile, ou de plus être perçu comme tel, était un des enjeux existentiels dans l’avancée en âge ? Un enjeu personnel et collectif en termes de reconnaissance, d’appartenance, pour un vivre ensemble intergénérationnel et inclusif.
Cette interpellation est le fil rouge des Forums citoyens qui vont ponctuer l’action portée par le CLIC Ille et Illet, animée par l’association Trame de Vie, avec le soutien de la CARSAT Bretagne, et en partenariat avec 5 communes :
Une démarche inscrite sur le territoire de la Communauté de communes Val d’Ille Aubigné (35). Sens-de-Bretagne • Mardi 1er avril 2025 – La Mézière • Jeudi 24 avril 2025 – Melèze • Mardi 13 mai 2025 – St-Médard/Ille • Jeudi 5 Juin 2025 – Betton • Mardi 23 Sept. 2025
Une dé
marche résolument collaborative Prendre le temps de se poser, faire un pas de côté, penser autrement… et envisager, dans une approche psychosociale, la vieillesse en tant qu’aventure personnelle, la vieillesse en tant que phénomène social. Et ainsi, depuis l’expression des participants, reconnaître collectivement comme un quelque chose en panne sur la question de la transmission…
Il est attendu des jeunes qu’ils apprennent, il est attendu des adultes qu’ils produisent… et qu’est-il attendu des personnes âgées.. ? La figure du vieux sage a fait long feu, laissant un vide en terme d’imaginaire collectif sur les place et rôle des vieux, sensés être garants.. mais garants de quoi donc, au fait ? Avec l’intuition à fleur de peau qu’il pourrait surtout s’agir pour eux d’être là, à l’écoute… juste oser être là, et porter attention aux personnes plus jeunes, pour les aider à faire autrement…
Emm
a Ould Aoudia – Avril 2025
par Emma | Jan 10, 2024 | Uncategorized
Que nous souhaiter en cette nouvelle année ? Dans ce contexte de funeste accélération, où les injonctions institutionnelles exercent leur pression au prétexte d’ « optimiser », quelle dynamique personnelle, collective, soutenir ?
Celle de l’équilibriste qui cherche, plus ou moins fébrilement un point de stabilité entre
Du trop…. du pas assez (de temps, d’activités, d’engagements, d’interactions…)
S’affirmer… sans forcément répondre à l’injonction d’avoir systématiquement un avis sur tout
La volonté…. ou comment elle trouve à s’articuler avec le lâcher prise
L’élan pour agir, contribuer, faire notre part…. et l’inertie de la sidération, de l’appréhension d’un dérèglement brutal et arbitraire
S’aventurer avec l’audace du pionnier … et ne pas renoncer à attendre quelque chose de l’autre
Question d’équilibre ? Sans doute, mais pas que…Et si nous nous inspirions du funambule ?
Sa grâce pour trouver le juste emplacement…
Son hardiesse pour suspendre… et observer, envisager le prochain pas comme une tentative…
Son impertinence à projeter son regard au loin quand il s’agit de faire, au plus près, le prochain pas
Ainsi préserver la fluidité et l’amplitude du mouvement… Et depuis cette posture,
accueillir et reconnaître nos intuitions, nos sensations, ce qu’elles nous susurrent, ce qu’elles nous disent de nos nécessités immédiates, de nos aspirations, de notre quête de sens et d’humanité.
Que la légèreté nous inspire et nous accompagne dans ce qui nous tient à coeur pour cette nouvelle année…Avec enthousiasme, sincérité, pragmatisme… et panache !
Emma Ould Aoudia – Janvier 2025
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